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Comment traduire le grand trouble et le doute auquel je ou peut-être nous devons faire face depuis le lendemain du 1er tour de la présidentielle…Et pourtant ma détermination était grande avant ce 1er tour. Tel était mon état d’esprit : jamais au grand jamais je ne voterai Le Pen, mais jamais je ne voterai non plus pour Macron.

Voter FN s’avère impossible. Ma main devenue gauche depuis tant de temps ne voterait jamais pour un parti raciste, xénophobe dont je sais pertinemment qu’il trompe son monde et que ses emprunts aux idées et aux propositions de gauche sont autant d’attrape-mouches pour des dupes qui ont le malheur de croire que le Front National les rendra à une dignité ou une considération que le libéralisme et le capitalisme leur a ôté...

Pauvres gogos perdus au fond du trou que les médias creusent de leur obstination délibérée à mettre la sécurité à toutes les sauces. Non je n’oublie pas que le FN n’est pas un parti comme les autres et je connais les dangers qu’il représente comme je n’oublie pas que c’est un parti qui ne défend ni les salariés ni les employés et encore moins les ouvriers. Ce parti ne remet pas en question la liberté du marché, rien dans son programme contre les licenciements ; les députés du Front national ont déposé des amendements à la Loi travail durcissant la flexibilité des salariés ; les députés ont aussi voté la directive qui protège le secret des affaires ; le FN se propose de mettre les syndicats au pli pour faire taire tout mouvement social et il est prêt à donner des avantages fiscaux aux plus riches sans que soit évoqué dans son programme une quelconque augmentation du SMIC.  On pourrait résumer ainsi le programme du front national, un programme capitaliste faussement labellisé franco-français.

Donc il est inconcevable que je vote pour le Front National. Mais dans le même temps il m’est aussi parfaitement impossible de voter pour celui que Hollande a propulsé sur le devant de la scène afin de se débarrasser d’un parti socialiste devenu trop encombrant idéologiquement et afin de créer un nouveau parti politique recentré au cœur du libéralisme…

Macron a été le ministre le plus libéral de droite de Vals, qui lui-même l’était déjà pas mal. Macron c’est une détermination sans égale pour poursuivre une politique d’austérité néo-libérale qui va s’appuyer dès le début sur les ordonnances en dehors des principes même de la démocratie parlementaire. C’est-à-dire qu’avec les ordonnances, l’Assemblée nationale va déléguer son pouvoir de légiférer au gouvernement et ce pour appliquer les mesures inscrites dans son programme et imposer une politique d’austérité et de réformes structurelles. Une poursuite des engagements européens de la France qui va se traduire entre autres par la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires et 60 milliards d’économie budgétaire.

Macron veut de même engager la zone euro dans une convergence rapide en matière fiscale, sociale et salariale avec un euro-budget dont disposerait un super ministre de l’économie et des finances de la zone euro. Autant dire que dans l’état actuel des rapports de force au sein de la zone, on a tout lieu de croire que cette harmonisation fiscale se fera par la baisse de taxation des plus riches, du capital et des entreprises et que l’harmonisation sociale se traduira par la baisse des retraites et des prestations chômage.

Mais c’est au sujet du droit du travail que la France va vivre sa grande tragédie sous le règne de Macron avec le renforcement de la flexibilité et ce pour adapter le droit du travail aux mutations souhaitées par les classes dirigeantes qui veulent imposer la liberté de négociation dans les entreprises aux dépens des règles et des normes nationales. Et dans ce domaine, nous risquons d’avoir de belles surprises au fur et à mesure que nous avancerons dans le quinquennat « Macron » et que nous nous apercevrons que, pour lui, lutter contre les privilèges cela signifie faciliter les licenciements développer le travail dominical et ne pas augmenter les bas salaires. Une ligne droite directe vers l’ubérisation du travail et des personnes.

On pourrait continuer plus loin dans l’analyse du « projet macronien » qui s’inscrit dans cette grande tradition libérale où l’état est en charge de garantir la liberté d’entreprendre…En somme un retour au « mythe et au rêve américain » où chacun grâce à son ambition, sa persévérance, son travail peut devenir millionnaire et peu importe que cela se fasse en écrasant les plus faibles et les plus fragiles.

Triste projet auquel il est tellement difficile d’adhérer parce qu’à l’opposé de mes valeurs, de mon « utopie » personnelle.

Ces deux semaines entre les deux tours ont été terribles pour celles et ceux qui veulent voter blanc ou s’abstenir car ils sont comme moi incapables de se projeter dans ces candidats. Combien de prises de paroles ont été faites pour accuser, montrer du doigt, hurler à la trahison. Combien d’injonctions moralisatrices aura-t-il fallu entendre, subir devrais-je plutôt dire sans que soient entendus ou discutés les arguments des électeurs décidés ou tentés par le vote blanc ou l’abstention.

Un raz-de marée comme jamais, loin de ce qui s’est passé en 2002 quand il s’est agi de faire barrage au front national déjà présent au second tour. Mais c’était une autre époque où la surprise de voir Le Pen arrivé au pouvoir avait réveillé un front antifasciste, sans doute salutaire mais aussi très candide dont le résultat en forme de plébiscite pour Chirac grâce au front républicain a débouché sur une politique qui n’a pas mis fin à la montée du front national dans la vie politique française, bien au contraire.

Cela fait donc maintenant plus de vingt ans que nous subissons des politiques qui, se ressemblant toutes dans le projet libéral dont elles sont porteuses, renforcent inévitablement le front national. Et le projet de Macron ne dérogera pas à la règle, loin s’en faut. On peut redouter ainsi que dans cinq ans, le bilan politique de Macron ne pousse définitivement un grand nombre d’électeurs dans les bras du FN. Et au final on est en droit d’affirmer que Macron et Le Pen s’ils ne sont pas interchangeables ne sont pas forcément si éloignés l’un de l’autre dans la soumission à l’oligarchie dont on connait l’intérêt à continuer de creuser les inégalités sociales et économiques. Et Macron dans ce sens est « un bon agent de l’approfondissement de la crise ».

Triste jour que celui où la France Insoumise malgré sa remarquable « victoire » et espérance qu’elle a su faire naître n’a pas pu être au second tour.

Voilà donc le scrutin avançant à portée de main et d’urne et je cherche encore, tel le poisson dans son bocal, à mettre en perspective les arguments des pro-abstentionnistes et ceux du vote Macron, car il est certain que ces derniers (quand ils ne sont pas les prête-noms des alliés de Macron fort habiles à agiter les drapeaux du front antifasciste dans leur propre intérêt) ont quelques arguments dont l’action répétée ébranle ma détermination…marquant les limites de ce que nous ne saurions dépasser. Nous sommes beaucoup à les connaître puisque qu’ils font partie des possibilités stratégiques que pourrait nous laisser « une présidence Macron ». Ils concernent avant tout la vie politique et sociale : comme par exemple, le risque de voir le FN se servir du référendum d’initiative populaire pour remettre en cause le droit à l’avortement ou rétablir la peine de mort ou encore la suppression du près droit du sol, la suppression des aides sociales aux étrangers, le sort qui sera réservé à tout ce qui de loin ou touchera les musulmans ou les français dont la couleur de peau ne satisfait pas aux critères nationaux et identitaires ; les expulsions locatives des plus démunis ; la remise en cause des libertés syndicales et des libertés tout court sous prétexte d’un état d’urgence permanent qui permettra au FN de revêtir illico presto son costume totalitaire et autoritaire.

Tout cela n’est quand même pas rien et ne se balaie pas d’un revers de manche. Et indique quelque part une limite, enfin pour moi, du possible et de l’impossible. Cela pèse sur ma conscience et bouscule mes certitudes au point qu’aujourd’hui je suis encore dans l’expectative, ne sachant ce que je ferai dimanche.

Bien qu’il y ait quand même quelque chose d’obscène à voir « ceux qui ont si continûment œuvré à installer ce monde ignoble, à en chanter la supériorité et à en armer le dégoût, soient ceux-là même qui viennent l’index tremblant et la morale en bandoulière mettre en demeure les électeurs de ne pas accomplir tout à fait les conséquences de ce qu’eux-mêmes ont préparé […]. C’est que dans cette morale particulière de l’incendie, la responsabilité va exclusivement aux brûlés et jamais aux incendiaires ». *

Dans le débat qui fait rage et fera peut-être date, il y a bien sûr la question politique mais quelque chose d’autre qui est de l’ordre de la résistance aux passions qui peuvent aller jusqu’à la division d’une gauche qui au contraire a grand besoin de se rassembler pour les élections législatives dans un premier temps, et enclencher un mouvement et une reconfiguration politique dans le sillage de l’espérance que la France Insoumise a créée.

Cette espérance n’est pas un phénomène conjoncturel dû à la belle campagne de JL Mélenchon. Elle vient du nombre grandissant de gens qui ne font plus confiance dans les politiques élaborées dans le cadre néo-libéral européen et qui veulent au fur et à mesure que les dynamiques s’exercent faire de la « chose politique » autre chose que ce que les partis proposent quand ils s’asphyxient dans des problématiques de rapport de force ou de survie.

C’est de ce côté-là que vont mes inquiétudes et mes espoirs et ce qui m’importera concrètement dès lundi au lendemain du second tour. Car il va bien falloir que le débat, s’il ne cesse, du moins s’atténue après le second tour, et que nous repartions quoiqu’il arrive au combat pour éviter que ne retombe le soufflé et puissions passer à la création des conditions d’un réel changement de direction. Pour cela, il faudra bien renoncer à l’invective, à la colère, être au-delà des positions clivantes, et être plutôt du côté du respect de l’autre dont le choix politique et subjectif est aussi valable que le mien, car sinon nous risquons fort d’être les dindons d’une farce et d’un piège dans lequel nous nous enliserons pour longtemps.

Luc L. 05/05/2017

*De la prise d’otages de Frédéric Lordon ; blog le Monde diplomatique

 

 

 

Voter ou ne pas voter Macron, quand on est de gauche